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A Ciel ouvert

Réalisé par Mariana Otero
France - 2013 - 1h50 - documentaire
Sortie le 8 janvier 2014 (Happiness Distribution)
Recommandation GNCR

Alysson observe son corps avec méfiance.
Evanne s’étourdit jusqu’à la chute.
Amina ne parvient pas à faire sortir les mots de sa bouche.
À la frontière franco-belge, existe un lieu hors du commun qui prend en charge ces enfants psychiquement et socialement en difficulté. Jour après jour, les adultes
essaient de comprendre l’énigme que représente chacun d’eux et inventent, au cas par cas, sans jamais rien leur imposer, des solutions qui les aideront à vivre apaisés. Au fil de leurs histoires, A ciel ouvert nous ouvre à leur vision singulière du monde.

« Le travail de cette équipe soignante s’apparente à ma démarche documentaire. ».
Le film démarre avec des images d’enfants cartable au dos – une normalité qui peu à peu laisse place à l’énigme de chacun. Le lieu du tournage ? Au sein du Courtil, un institut médicoéducatif belge orienté par la psychanalyse, près de la banlieue de la grande agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing. De nombreux enfants français y sont accueillis. Le travail s’effectue avec eux dans le partage du quotidien, au travers d’ateliers : faire la cuisine, écrire une chanson, jardiner...
Comment filmer la folie ? Quel est le projet de Mariana Otero ? Questionner la folie à travers la diversité, se confronter à cette altérité qui peut être effrayante, tenter de saisir les microévolutions qui permettent à ces enfants de vivre plus
apaisés en surmontant leurs peurs. Pour y parvenir, une longue phase de repérage durant un an, la mise en confiance des travailleurs de l’institution, des enfants et des parents, puis trois mois de tournage. Une présence quotidienne de 8 heures par
jour. 180 heures de rushes. 8 mois de montage.
Le film épouse l’esprit du lieu. Il raconte, au plus près du quotidien, le vécu des enfants, leurs souffrances psychiques mais aussi leur joie de vivre (très belle scène finale avec le rire d’une jeune adolescente courant dans le pré). Les réunions d’équipe sont aussi filmées. Les intervenants analysent les situations et décryptent « l’inconscient à ciel ouvert », selon l’expression de Lacan. Malgré cette alternance entre le quotidien et l’interprétation, la réalisatrice évite l’écueil didactique : « Plus que de donner des explications, l’essentiel pour moi était de faire vivre au spectateur l’expérience de la compréhension, c’est-à dire aussi l’émergence d’un regard. Le film ne pouvait faire l’économie du temps : le temps de l’interrogation d’abord, puis celui de la découverte et enfin celui de la compréhension. »
Lors d’une rencontre, Mariana Otero opère un parallèle entre sa démarche documentaire et le travail de l’équipe qui abandonne son savoir théorique pour être à l’écoute de l’irréductible singularité de chaque enfant. Elle revient sur son parti pris de ne pas filmer les enfants en longs plans séquences dans un rapport de fascination et refuse d’inscrire son film dans la polémique entre les deux démarches thérapeutiques – psychanalytique/comportementaliste.
Son précédent film – Entre nos mains (2010) – racontait comment des salariées découvrent une nouvelle liberté en essayant de transformer leur entreprise en coopérative. La métamorphose vers un lieu inventif et l’émergence du sujet. Dans A ciel ouvert, le sujet aussi se déploie dans ce lieu hors du commun. Un cheminement fécond.

Christian Dampne – Lemouvement.net


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