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Charlie’s country

Réalisé par Rolf de Heer
Australie - 2014 - 1h48
Sortie le 17 décembre 2014 (Nour Films)
Prix du meilleir acteur / Un Certain Regard / Festival de Cannes 2014
Soutien AFCAE

Charlie est un ancien guerrier aborigène. Alors que le gouvernement amplifie son emprise sur le mode de vie traditionnel de sa communauté, Charlie se joue et déjoue des policiers sur son chemin. Perdu entre deux cultures, il décide de retourner vivre dans le bush à la manière des anciens. Mais Charlie prendra un autre chemin, celui de sa propre rédemption.

P.-S.

S’il n’y avait qu’une gueule à retenir, c’est celle de David Gulpilil, l’acteur hypnotisant de Rolf De Heer, qui nous scotche, voire nous cloue dans son rôle de Charlie. Retiré dans les confins du bush australien, il est le visage de l’aborigène privé de ses biens, expatrié de sa terre, renié des siens. Avec son charme océanien, notre Robinson Crusoé reflète toutes les crispations de la scission entre culture traditionnelle et la modernité contemporaine, et voit dans un retour à l’état de nature un salut, pourtant utopique et naïf. Et avec quelle émotion il nous tiraille entre le rire et l’indignation ! 
Aux premiers abords, le film prend les traits d’une comédie ; Charlie c’est ce vieux singe auquel on n’apprend pas à faire la grimace, qui se joue et déjoue les policiers sur son chemin. L’humour poigne de son contraste avec la tristesse démentielle d’une larme qui coule et d’un regard désemparé qu’on ne saurait éviter. La fiction a bien raison d’être éponyme. C’est la raison même d’un recours récurrent aux gros plans sur son héros, ou d’une photographie qui le sublime, net, quand le paysage environnant demeure flouté. De plus, les subtilités cinématographiques sont nombreuses, la multiplication des perspectives et des champs est riche et variée. Tantôt la caméra zoome sur Charlie ou au contraire s’éloigne de lui, prend du recul vis à vis des évènements. Le cinéaste nous libère par ses plans fixes, à l’exemple de la porte entrouverte d’un véhicule, et laisse notre imagination vagabonder sur ce qui est caché.

Claire Demoulin – lepasseurcritique.com


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