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L’étudiant

Réalisé par Darezhan Omirbayev
Kazakhstan - 2012 - 1h30
Sortie le 5 mars 2014 (Les Acacias)

Un étudiant en philosophie souffre du manque d’argent et de solitude. Il va parfois acheter du pain chez l’épicier et peu à peu l’idée de cambrioler le magasin lui vient à
l’esprit. Il commet finalement son crime durant lequel l’épicier et une cliente deviennent ses victimes. Le sentiment de culpabilité grandit en lui. Alors qu’il tombe
amoureux d’une jeune fille, il prend la responsabilité de ses actes.

Le cinéma de Darejan Omirbaev, apparu avec l’inoubliable Kairat, se reconnaît en quelques plans : une figure systématique de jeune homme solitaire, une rigueur
scénographique bressonienne, des cadres qui sont le plus souvent des portraits, un léger parfum de Nouvelle Vague dans les situations et leur traitement, et un très bel art de la durée.
(…) Depuis une vingtaine d’années, le cinéaste et ses films sont les meilleurs témoins de l’implacable transformation de ce pays, dont les moeurs anciennes et civilisées s’adaptent difficilement à la férocité de l’économie libérale qui le gouverne désormais.
(…) La qualité unique du cinéma de Darejan Omirbaev tient d’abord à son code génétique : à la fois asiatique et européen, mixte étrange et rare, qui conjugue réellement sous nos yeux des corps et des façons d’être, de penser et de regarder que l’on sait provenir de sources disparates, ici unifiées dans le cours calme d’un fleuve mitoyen. S’ajoutent les propres dons du cinéaste, notamment son écriture si particulière : à quelques endroits du film, Omirbaev fait revenir la figure d’un mafieux impassible saisi par des spasmes de brutalité gratuite inouïs, qui s’exercent contre un serveur de thé maladroit ou un vieil âne épuisé, violences que le cinéaste traite toujours par des ellipses d’une pudeur coupante.
La question que nous pose un tel film est simple mais embarrassante : comment, dans les conditions impitoyablement matérialistes qui sont celles où l’on nous ordonne de vivre, contenir la guerre impérieuse que nos pulsions engagent contre notre raison ? A en juger par The Student, Darejan Omirbaev craint que la réponse ne soit dans la question.

Olivier Séguret – Libération


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