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Les Règles du jeu

Réalisé par Claudine Bories et Patrice Chagnard
France - 2014 - 1h46
Sortie le 7 janvier 2015 (Happiness Distribution)
Sélection ACID – Festival de Cannes 2014
Soutien ACID

Lolita n’aime pas sourire. Kevin ne sait pas se vendre. Hamid n’aime pas les chefs. Ils ont vingt ans. Ils sont sans diplôme. Ils cherchent du travail. Pendant six mois, les coachs d’un cabinet de placement vont leur enseigner le comportement et le langage qu’il faut avoir aujourd’hui pour décrocher un emploi. A travers cet apprentissage, le film révèle l’absurdité de ces nouvelles règles du jeu.

P.-S.

Dans l’espace désincarné d’un cabinet de placement, deux mondes se confrontent. À défaut de s’entendre vraiment, des jeunes chômeurs et leurs encadrants font leur possible pour s’accorder. Les écarts de classe apparaissent d’emblée dans la langue, dans les contenances comme dans les valeurs affichées : dire la vérité ou choisir le mensonge, refuser l’injustice ou se résigner. Sollicitude d’un côté, application de l’autre : chacun joue le jeu tant que l’illusion tient. Quand les faux-semblants ne sont plus supportables, la détresse pointe et la colère éclate. Nous partageons la joie sincère des deux parties quand un contrat d’embauche est enfin signé, puis la déconvenue s’impose de nouveau devant la vérité de l’exploitation. À cela s’ajoute le poids des secrets dont la douleur est si intense qu’elle interdit tout espoir. La vie de ces jeunes êtres commence à peine et « c’est déjà trop tard » pour certains.

« Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que chacun a ses raisons » disait Jean Renoir dans sa propre Règle du jeu, et rien n’est simple en effet. Chacun a sa règle : jouer le jeu du monde ou le refuser. Le film ne juge pas. Il laisse à chacun le soin de se déterminer.
Le film ne juge pas, mais il rappelle la dureté de la vie par des paysages désolés où des usines solitaires apparaissent au loin, à la lisière des friches. Le monde est un jeu facile pour ceux qui acceptent de jouer le jeu du pouvoir. Il est un bagne pour les autres. Il n’y a pas de place pour l’innocence.

Jean-Loïc Portron, cinéaste – Texte de soutien de l’ACID


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