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Taxi Téhéran

Réalisé par Jafar Panahi
Iran - 2015 - 1h22
Sortie le 15 avril 2015 (Memento Films)
Ours d’Or – Festival de Berlin 2015

Installé au volant de son taxi, Jafar Panahi sillonne les rues animées de Téhéran. Au gré des passagers qui se succèdent et se confient à lui, le réalisateur dresse le portrait de la société iranienne entre rires et émotion.

P.-S.

(…) Installé au volant et grimé d’une casquette qui ne trompe personne, le réalisateur faussement converti embarque des inconnus, et à chaque nouveau client qui s’installe à l’arrière (qui y crie, y rit, y saigne, y meurt presque...), c’est tout un éventail de genres cinématographiques qui s’invite, avec un rythme trépidant.
(…) Démasqué, le faux chauffeur de taxi ? Panahi n’est pas le meilleur des chauffeurs, il ignore les trajets à suivre et ne lâche presque jamais ses clients à la bonne destination, quitte à se faire insulter. Pourtant, dès les premières minutes, il est déjà reconnu par un client. Le spectateur n’est pas dupe de cette fausse reconversion, mais les clients le sont-ils ? Combien d’entre eux, et à quel degré, sont-ils conscients d’être dans un film ? Au contraire, sont-ils vraiment tous des acteurs ? Ce qui rend Taxi aussi fascinant, ce n’est pas tant cette ambigüité, qui a déjà été vue ailleurs, que le nombre incroyable de niveaux de lecture qu’elle provoque. Dans une ville sans orientation, où personne n’a l’air de trouver son chemin et où tout ressemble à une prison, Panahi montre une société qui trouve son épanouissement dans les détours. Et dans l’art.
(…) Cette cité idéale, où tout le monde s’entraide et se conduit les uns les autres, Panahi la dépeint comme une société d’artistes, où tout le monde est un réalisateur en devenir, un outil à la main (caméra, téléphone, appareil photo). Tout en jouant son propre rôle et en parlant de sa propre histoire, Panahi parvient à bâtir un mille-feuille de fictions, un fascinant jeu de miroirs entre le réel, la captation et l’histoire inventée. Riche en pistes théoriques et en même temps particulièrement divertissant (a-t-on souvent autant souri dans et devant un film iranien ?), Taxi abat des montagnes.
(...) Une caméra, une voiture, une poignée d’acteurs... pas besoin de plus pour signer ce qui restera comme l’un des meilleurs films de l’année.

Grégory Coutaut – Filmdeculte.com


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