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Voir du pays

Réalisé par Delphine et Muriel Coulin
France - 2016 - 1h42
Sortie le 7 septembre 2016 (Diaphana)
Prix du scénario / Un Certain Regard – Cannes 2016

Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…

Il y a de l’idée, dans Voir du pays, second film des soeurs françaises Delphine et Muriel Coulin (17 Filles), qui met en scène deux amies d’enfance engagées dans l’armée et de retour de six mois en Afghanistan.
(…) « Voir » après coup et en réalité virtuelle ce que l’on a été incapable d’appréhender in vivo est un paradoxe que le film relève, filant la métaphore de la vision et de l’aveuglement dès le premier plan : un avion plein de militaires portant des masques pour dormir. On comprend rapidement le dérisoire du projet de décompression, tant les traumatismes rapportés ne sont pas du genre à s’évacuer avant une piña colada ornée d’ombrelles en papier. Ce qui doit arriver arrivera, c’est hors de la salle de réunion que ça pétera, mais pas forcément de la
manière imaginée. Si l’on fait grâce au film d’avoir évité de singer Voyage au bout de l’enfer en mettant en scène des confessions convulsives, Voir du pays ne parvient jamais à se débarrasser d’une froideur provenant sans doute d’un excès
de démonstration. « Passer de la burqa au string, c’est rapide comme sas de décompression », commente l’un des soldats en arrivant à l’hôtel. « Chypre n’est qu’à 100 km du théâtre des opérations au Moyen-Orient », explique un autre. Tout cela est vrai, mais peut-être aurait-il fallu ne pas le dire, pour laisser au spectateur le soin de tirer seul les conclusions qu’il doit. Ce genre de tic de dialogue utilitaire se reproduit trop souvent, empêchant les personnages de prendre vraiment corps, et ce en dépit, notamment, du jeu délicat d’Ariane Labed. Dans les ultimes minutes, on entrevoit, lors de plans successifs sur de fausses fresques antiques, puis sur un camion plein de réfugiés, ce que le film aurait pu porter. Comme s’il s’était souvenu au dernier moment des enjeux qui l’innervent.

Elisabeth Franck-Dumas – Libération


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