Accueil > Aller au ciné > Nous aimons > Wajma

Wajma

Réalisé par Barmak Akram
Afghanistan – 2013 – 1h25
Sortie le 27 novembre 2013
Sélection ACID - Festival de Cannes 2013

Kaboul, Mustafa séduit la jolie étudiante Wajma. Les deux débutent une relation clandestine : ils sont espiègles et passionnés, mais aussi prudents face aux règles de la société qu’ils enfreignent...

On a beaucoup à redouter des films qui prennent la cause des femmes en pays musulmans avec la volonté de plaire avant tout au public occidental. Ce n’est pas le cas de « Wajma », réalisé par le cinéaste Afghan Barmak Akram, formé aux Beaux-Arts et à la Fémis. Le film a cette énorme qualité de ne pas résolument juger et condamner ses personnages, en particulier masculins. Non que le film ne développe un point de vue : il est résolument aux côtés de Wajma (Wajma Bahar), enceinte de son amoureux clandestin qui refuse dès lors de l’épouser, et rejetée, battue par
son père. Mais, précisément, la caméra est « aux côtés de », jamais en surplomb.

Dans la première partie du film, on suit la manière dont Wajma et Mustafa flirtent à l’abri des regards. Les deux jeunes gens jouent avec les interdits, alors qu’eux-mêmes ont des gestes de tendresse furtifs, balbutiants. Ils s’arrangent pour se retrouver secrètement dans un appartement. Là, le garçon paraît un peu plus entreprenant. Mais leurs étreintes restent réservées. L’une des belles qualités de ce film est de faire sentir avec justesse ce qui les traverse : à la fois l’élan vers l’autre et la pesanteur de l’interdit.
(…) L’intelligence de Barmak Akram est d’avoir conçu « Wajma » comme un film avec de jeunes Afghans, tout aussi « modernes » que leurs homologues iraniens, et non pas sur la condition de la femme dans ce pays. Le cinéaste filme simplement et avec sensibilité ce couple en proie à des désirs, porté par des espoirs. Mais Wajma et Mustapha ont à faire avec une société aux représentations contraignantes, qui permet aux hommes de s’en abstraire alors que les femmes ne peuvent y
contrevenir.

La dernière scène, déchirante, est aussi à mettre au crédit du film : elle « sauve » peu ou prou le personnage du père de Wajma, dont la conscience soudain déborde le rôle de tyran qui s’était imposé à lui. Wajma est décidément un beau film sur la responsabilité individuelle. »
Christophe Kantcheff, Politis


Espace adhérents | | @elastick.net