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Toni Erdmann

Réalisé par Maren Ade
Allemagne - 2016 - 2h42
Sortie le 17 août 2016 (Haut et Court)
Sélection Officielle – Festival de Cannes 2016
Soutien AFCAE

Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse ? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

(…) La réalisatrice a pris là un risque considérable, d’une audace incroyable à ce stade de sa carrière (16 ans depuis la découverte à Sundance de son premier film, The Forest for the Trees, jamais distribué en France). Non seulement elle s’essaie à la comédie (...), mais pas n’importe laquelle : une « comédie de personnages », art de funambule qui peut vite s’effondrer si ces derniers ne sont pas à la hauteur, c’est-à-dire à la fois crédibles et démesurément excentriques.
(...) A partir de cette opposition, le film fonctionne comme une fusée à trois étages qui démarre, décolle puis atteint les étoiles. Commencé sur le mode réaliste, Toni Erdmann se laisse contaminer par la folie douce (…).
Ce glissement est rendu possible par une mise en scène d’une merveilleuse simplicité. Comment décrire cette écriture si peu démonstrative, qui semble ne se distinguer du « petit réalisme » que par la précision de son tempo, la justesse ahurissante de ses comédiens, la clarté de son timbre et de sa lumière, d’une blancheur expansive, comme autant d’éléments qui flottent entre ses personnages ?
C’est sans doute cela qu’on appelle la grâce. Mais une grâce jamais bégueule, sachant s’embarrasser de mauvais affects (l’objectif d’Inès est d’externaliser les procédures de son entreprise, donc à licencier) et s’accommoder d’une drôlerie
souvent triviale. Sublime effacement, qui n’a pourtant rien d’une qualité négative, car c’est encore grâce à sa parfaite plasticité que, palier après palier, le film en arrive à une grande explosion d’exubérance, lors d’une dernière séquence
sidérante, dont il ne faut ici rien dévoiler. (…) Toni Erdmann nous dit ceci d’essentiel, qu’il faut oser saborder sa vie dans les grandes largeurs pour espérer un jour la savourer pleinement.

Mathieu Macheret – Le Mond


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